Une idée loufoque, Rossini, et si je lui écrivais une lettre ?
Hein ? Pourquoi pas. J’imaginais bien ce dispositif littéraire, en toute
absence de modestie, atténuée par une lucidité qui m’évite le melon.
La lettre ? C’est pour dire merci. Si je n’adopte pas
la forme de lettre, j’exprime ça comment, hein ? Hein ? Tu sais pas
quoi répondre ! Allez Go
La Lettre
Cher monsieur Rossini, ça fait un moment que j’y pense,
freiné je l’ai été par la distance qui nous sépare et par la crainte du
ridicule.
Je vous dois des remerciements et je profite de Cendrillon
pour les exprimer.
Cendrillon a une place particulière, et je ne dois rien à M.
Disney, mais plutôt à M. Lewis avec son Cendrillon aux grands pieds. Souvenir
grandioooose que je vais insérer dans cette lettre, je ne suis pas à un
anachronisme près.
Jerry Lewis – Cendrillon aux Grands Pieds
Pardon, je m’égare. Pourtant le plaisir, le frisson physique
de contentement presque douloureux que je ressens avec Jerry descendant les
escaliers, je les retrouve déjà sur cette progression musicale entre acteur
chanteur…
Dans ces dix minutes, un véritable concentré de votre talent,
les silences ne sont pas de Mozart ici et il n’y en a pas que pour les ténors
et la progression aboutit à une explosion de saveur, de vie.
Atto 1, Signore, Una
Parola
Pour tout vous dire, vous êtes deux à m’avoir apporté des
pierres essentielles à mon amour pour l’opéra. Si Puccini a été un grand
tire-larmes, c’est avec M. Mozart et M. Vous que j’ai découvert un bonheur
d’écoute. Coïncidence ? C’est Beaumarchais qui vous apporte Figaro et vous,
vous m’offrez les clés d’écoute qui me serviront à vie.
Beaumarchais ! C’est aussi l’adresse de ma maman, je ne
peux pas éternellement refuser les signes, alors promis, bientôt je me
pencherai sur ce théâtre pour comprendre. Une œuvre d’époque dont vous avez extrait
l’esprit de révolte qui se prépare ? Une richesse de situation et
d’écriture qui a surtout inspiré cette musique pétillante, élégante ? Et la question finale : les opéras
traversent le temps, et ce théâtre ?
-
- Quel rapport entre Cendrillon et Beaumarchais ?
- - Ho la la, je profite de la lettre pour poser la question
- - T’es conscient qu’il n’y aura pas de réponse ?
- - Et toi, j’ai appris que ta grand-mère reprenait le vélo, va vérifier !!!
Revenons à la musique
Cendrillon aujourd’hui, mais hier ce fut le Barbier,
L’Italienne à Alger.
Comment résister et pourquoi résister à vos
ouvertures ?
Sinfonia
À vos orages
Autre chose que je vous dois, mon entourage m’a souvent
reproché, moi les rejoignant, ma légèreté. Avec votre musique je comprends que
légèreté n’est pas le contraire de profondeur, elle n’est pas synonyme de
superficialité.
Cette légèreté, au point d’imaginer une lévitation provoquée
et par la joie et par le dédain de l’attraction terrestre. Sauvé par le
plafond… sinon où nous retrouverions nous…
Atto I, Zitto, Zitto,
Piano, Piano
Atto I, Principino,
Dove Siete?
Alors, comme Cendrillon, sur la pointe des pieds, sautillant,
je conclus
Finale, Non Più Mesta
Alors ! Pas belle la vie ? Pas belle le
Canto ? Merci qui ? Merci Rossini. Et ça rime ? Avec Joachim.
PS : Je n’ai pas oublié vos grandes recettes de cuisine,
dont ce Risotto qui m’intimide, foie gras et truffe (en parlant de légèreté,
hein !).
PS encore : Je ne sais pas pour vous, mais quand je
vous écoute j’entends parfois « pinot noir ». Et entendre parfois est
insuffisant. Avec des bulles? Avec des bulles!!
Fin de cette lettre.
Ça me donne des idées, une autre à Wolfgang encore moins guindé,
plus tard une à Bach en plus respectueuse, juste le temps de m’approprier une
œuvre.
Elvis Costello ? Naaaan, pas Elvis, il est vivant, la
chance que le courrier l’atteigne est quasi nul mais….. pire je n’aimerais pas
me prendre le vent de Bret Easton Ellis lorsqu’il a voulu exprimer son
admiration.

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