Voici une chronique de l’album "Get Happy!!"
d’Elvis Costello, dans l’esprit du blog "Gaitapis" — c’est-à-dire
avec un ton à la fois passionné, un peu désinvolte, et toujours ancré dans
l’émotion musicale et l’histoire du disque.
Elvis Costello – Get Happy!! (1980) : Le soul man blanc
qui s’est brûlé les ailes
Il y a des albums qui naissent d’un ras-le-bol, d’une envie
de tout casser, ou simplement de se réinventer avant que le monde ne vous
enterre. "Get Happy!!" est de ceux-là. Après avoir frôlé le burn-out
artistique et médiatique, Costello débarque en 1980 avec un disque qui sent la
sueur, la soul, et un peu le désespoir chic. Exit les poses new wave et les
couplets cinglants d’"Armed Forces" : ici, on danse, on sue, on
s’accroche à des mélodies courtes comme des coups de poing, et on se demande si
le bonheur n’est pas juste une autre forme de folie.
Un album en 20 morceaux, ou comment survivre à sa propre
légende Imaginez : 20 titres en moins de 50 minutes, des morceaux qui
s’enchaînent comme des singles Motown, avec des basses qui grognent, des
claviers qui scintillent, et une voix qui oscille entre rage et tendresse.
Costello a écouté Stax, a volé des riffs à Booker T., et a balancé tout ça dans
un mixeur avec son cynisme habituel. Le résultat ? Un disque qui respire
l’urgence, la frénésie, et une étrange joie mélancolique. "I Can’t Stand
Up for Falling Down" (reprise de Sam & Dave) ouvre le bal avec une
énergie presque paniquée, comme si le chanteur savait qu’il n’avait plus le
temps de tergiverser. Puis viennent "Human Touch" (un cri de solitude
en costume de soul), "Beaten to the Punch" (la boxe en 2 minutes
chrono), et "Love for Tender" (une ballade qui sent la cigarette
froide et les regrets du lendemain).
Pourquoi c’est un chef-d’œuvre ? Parce que Costello,
ici, ne joue plus à l’intellectuel rock. Il se met à nu, ou presque. Les textes
sont toujours aussi acérés, mais la musique respire, danse, et parfois même
console. Les Attractions (Steve Nieve au clavier, Bruce Thomas à la basse, Pete
Thomas à la batterie) n’ont jamais été aussi inspirés, aussi proches de
l’implosion. Et puis, il y a cette production : un son brut, presque lo-fi, qui
donne l’impression d’écouter un concert dans un club enfumé. Les démos acoustiques
en bonus (dans les rééditions) confirment d’ailleurs que ces morceaux tenaient
debout même sans fard.
Les titres à écouter absolument (et où les trouver sur
YouTube) :
- "I
Can’t Stand Up for Falling Down" : La reprise qui donne le ton,
entre soul et crise existentielle.
- "Human
Touch" : Costello en mode "j’ai tout, mais je n’ai
rien". Un chef-d’œuvre de tension musicale.
- "Love
for Tender" : La ballade qui prouve que le cynisme peut avoir un
cœur.
- "Riot
Act" : La chanson qui clôt l’album, et qui sonne comme un adieu
(provisoire).
- "B
Movie" : Pour les fans de Doors et de riffs qui collent aux
baskets.
Le mot de la fin "Get Happy!!" est un
disque de survie. Celui d’un artiste qui a failli se noyer dans son propre
venin, et qui a choisi de danser sur les décombres. Ce n’est pas son album le
plus célèbre, ni le plus "parfait", mais c’est peut-être son plus
humain. Et aujourd’hui, alors que le monde semble tourner à l’envers, il fait
du bien de se rappeler que le bonheur, même factice, reste une sacrée bonne
raison de se lever le matin.
PS : Pour les puristes, la réédition 2003 avec les démos
acoustiques est un must. Et si vous croisez un vinyle d’occasion, achetez-le
sans hésiter. Ce genre de disque, ça se transmet comme une maladie bénigne.






