Absolument ! Voici une chronique du disque "Get
Happy!!" d'Elvis Costello, calquée sur le ton et la forme du blog "gaitapis.blogspot.com".
Chronique Vinyl #247 : Elvis Costello, le génie contrarié
qui nous a offert 20 tubes en 48 minutes (sans qu'on s'en rende compte)
Écouter cette chronique en fond sonore : Un
léger grésil de platine vinyle, le claquement sec d'une canette de bière
américaine trop sucrée et, au loin, l'écho d'un orgue Vox Continental dans un
club enfumé.
Salut les oreilles. Aujourd'hui, on ne va pas parler d'un
album confidentiel déterré au fond d'une cave de Milwaukee. Non. Aujourd'hui,
on parle d'un monstre. Un ovni pop qui a débarqué en 1980 comme un
camion-citerne full soul, lancé à tombeau ouvert sur la route du New Wave, et
qui a failli tout emboutir sur son passage. L'album, c'est "Get
Happy!!" d'Elvis Costello & The Attractions. L'homme, à
l'époque, est un bouillonnant génie contrarié, au bord du burn-out et de la
haine de soi, mais encore assez amoureux de la musique pour noyer ses démons
dans le son de Stax et de Motown.
La légende veut que Costello, suite à des démêlés
biographiques très désagréables (on parle d'une insulte
raciste en plein bar, le genre de connerie qui vous poursuit), ait voulu soit
se faire oublier, soit se racheter une conduite. Sa méthode ? Enregistrer 20
chansons en un temps record, les produire lui-même (avec Nick Lowe en copilote
fatigué), et les balancer sur un double vinyle vendu au prix d'un simple. Le
résultat ? Une plongée étourdissante, un tourbillon de mélodies brillantes
enrobées dans un son brut, urgent, presque essoufflé.
Ne vous y trompez pas : sous ses airs de fête foraine soul,
"Get Happy!!" est un disque d'une noirceur absolue. La trahison, la
jalousie, l'auto-flagellation, l'alcool, les relations qui se déchirent...
Costello écrit comme un romancier pulp qui aurait avalé un dictionnaire de
rimes en tombant dans une piscine de chorus et de lignes de basse hypnotiques.
C'est ça la magie : les mots blessent, mais la musique vous fait danser sur
place, l'air idiot, jusqu'à ce que vous captiez une phrase et que vous vous disiez
: "Attends, il a dit quoi là ?"
C'est du Costello à son sommet : férocement intelligent,
mélodiquement généreux, et musicalement irrésistible. Un disque à la fois
épuisant et addictif. On en sort sonné, mais avec l'envie immédiate de le
réécouter pour attraper tous les joyaux qu'on a manqués au premier passage.
Les Pistes Indispensables (à écouter sur YouTube,
évidemment)
1. "I Can't Stand Up For Falling Down"
La reprise explosée de Sam & Dave qui ouvre le bal. L'Attractions est au
sommet de sa puissance : la basse de Bruce Thomas est une ligne de vie, les
claviers de Steve Nieve pétillent de nervosité, et Pete Thomas à la batterie
donne l'impression de courir après le bus. Costello, lui, n'interprète pas,
il témoigne. Une déclaration d'impuissance en forme de tube
parfait. [Lien idéal : la version album, ou les sessions TV de l'époque.]
2. "High Fidelity"
Un chef-d'œuvre de paranoïa amoureuse. Le narrateur est obsédé, jaloux,
dévorant les comptes-rendus des infidélités de sa bien-aimée. Le pont ("Do
you laugh at me behind my back?") est l'un des moments les plus vicieux et
brillants de sa carrière. La ligne d'orgue est pure tuerie. [Chercher le titre
+ "The Attractions", live ou studio.]
3. "New Amsterdam"
Une parenthèse mélancolique et tendre au milieu de la frénésie. En à peine deux
minutes, c'est un voyage entre New York, Londres et un cœur brisé. La chanson
bascule soudain dans un medley éclair avec "You've Got to Hide Your Love
Away" des Beatles, un clin d'œil génial qui prouve que malgré sa rage,
Costello est d'abord un fan de musique absolu.
4. "Riot Act"
La face sombre de l'album. Un tempo lent, pesant, une basse menaçante. Costello
chuchote puis crache ses mots, dressant le constat glacial d'une relation
finie. "You can call me anything you want / I don't object." C'est
d'une beauté désespérée et froide. A écouter la nuit, avec un verre à la main.
5. "Love For Tender"
L'exemple parfait de l'alchimie de l'album. Un thème économique ("Love for
Tender", jeu de mots sur "Legal Tender") transformé en explosion
soul-punk survitaminée. C'est court, rapide, et ça contient plus d'idées que la
discographie complète de certains groupes. La performance live, souvent encore
plus rapide, est à tomber par terre.
6. "King Horse"
Mon petit faible personnel. Une énigme musicale. Une mélodie entêtante, des
paroles obscures ("You're the horse that I bet on"), et un climat
étrange, presque halluciné. C'est le joyau caché, celui qui vous accroche à la
dixième écoute et ne vous lâche plus. L'orgue y est, encore une fois,
magistral.
Pourquoi cet album vous parle encore aujourd'hui ?
Parce que c'est une leçon. Une leçon que l'on peut
transformer sa honte, sa colère et ses échecs en une énergie créatrice folle.
Que l'on peut couler des textes acérés dans des moules musicaux joyeux. Que 20
chansons en 48 minutes, c'est possible, à condition que chacune soit un diamant
brut.
"Get Happy!!" n'est pas un album facile d'accès.
Il vous bouscule, il ne vous laisse pas respirer. Mais une fois qu'on accepte
de se laisser porter par son courant tumultueux, on découvre l'un des disques
les plus riches, les plus humains et les plus excitants de l'histoire du rock.
C'est l'œuvre d'un homme au bord de la crise, sauvé par sa seule vraie religion
: la musique.
Maintenant, allez l'écouter. Et la prochaine fois que vous
mettrez un disque de 40 minutes avec 8 chansons, vous penserez à Costello en
1980, qui, lui, aurait déjà enchaîné 12 titres et serait en train de se
resservir un verre.
Signé : Le Vieux Ronchon aux Doigts de Fée.

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