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vendredi 18 septembre 2026

BelleMont– Mouise et Petit Patapon

Vous qui entrez ici, abandonnez toutes blagounettes, calembours et ricanements. À partir de maintenant on m’écoute

Cet opéra, cette contrainte musicale, cette réputation d’œuvre difficile c’est bien ce qui m’a attiré et pas l’introduction douteuse du papier, douteuse mais dont je devais me débarrasser, un genre d’hommage à M. Gotlib.  

Quitter le conventionnel             

Pas par opposition critique mais dans le but de découvrir de nouveaux terrains d’expression. Et pour tourner le dos aux règles quoi de mieux que d’en définir des nouvelles. Concevoir un nouveau cadre pour sortir de l’ancien et parfois s’en éloigner même.

La peinture et ses étapes de transgressions, d’évolution.

Démarche présente dans le film de Peter Greenaway (1982) « Meurtre dans un jardin anglais »  / « The Draughtsman’s Contract ».

Impossible de retrouver la conférence 2011 de Catherine Millet qui donne à revoir et comprendre autrement ce film. Ce film qui intègre des prises de vues inspirées de techniques picturales, ce peintre qui s’impose d’étranges règles pour ses créations etc...

Ou bien cette "Nouvelle Vague" qui propose une autre façon de raconter, de filmer.

Alors, pourquoi pas en musique ?

Musique : Les 12 notes

Ce que je comprends de la règle que s’impose Schoenberg. Une série de 12 notes

Anglais : A – B – E – D – E – D – G – F – G – A – B – C
Français : La – Si – Mi – Ré – Mi – Ré – Sol – Fa – Sol – La – Si – Do

Une série qu’il peut fractionner.
Une série qu’il peut traiter à l’envers et une série qu’il peut inverser.

J’ai eu besoin de l’IA pour m’expliquer entre autres la notion « d’inversion »

 En dodécaphonisme, l’inversion consiste à conserver les mêmes intervalles, mais à renverser leur direction :
si la série monte de 2 demi-tons, l’inversion descend de 2 demi-tons ;
si elle descend de 5 demi-tons, l’inversion monte de 5 demi-tons.
Donc ce n’est pas simplement lire la série à l’envers. Ça, c’est le rétrograde.
Exemple très simple :
Original : Do → Ré → Si
(+2 demi-tons, puis −3)
Inversion : Do → Si♭ → Ré♭
(−2 demi-tons, puis +3)

Ce qui fait au moins 48 possibilités si les 12 notes sont jouées.

Pour illustrer



Le mystère

Même si le principe est compris et c'est pas gagné, il reste la création.

Comment Schoenberg composait avec ce qui semble être une lourde contrainte ?

Question: Avait-il mémorisé toutes les combinaisons et, pour chaque épisode à développer, devait-il trouver une musique qui convienne tout en respectant la règle ? (on reprend son souffle !!)

Certes la règle est riche en possibilités, sachant que chaque protagoniste, chaque instrument pouvait emporter avec lui une combinaison différente. 

Certes.

Mais quand même ?

Le miracle !


Et bien quand même !

À force d’étude, de travail et de composition, Schoenberg a intégré ces règles comme un compositeur tonal n’a plus à réfléchir à la tonalité

Une évolution à marche forcée, le temps d’une vie.

Mais quel résultat ? 

Mais quel résultat !

Quand j’ai décidé d’écouter cet opéra, je me préparais comme un sportif de vélo d’appartement. Je me suis préparé une période d’immersion pour affronter une grande difficulté.

J’ai pensé nécessaire une documentation sur le compositeur, ses œuvres pour faciliter l’écoute, pour appréhender cet opéra, craignant une impression – sans l’avouer – de grand n’importe quoi.


L’Avant-Scène Opéra et les écoutes successives ont fait le reste.

Un peu de prosélytisme pour l’Avant-Scène Opéra, le livret complet en VO et VF. Des articles connexes et même des commentaires sur la musique au fur et à mesure de son déroulement, exemple pour le début de l’opéra

Les numéros de section renvoyant au livret

23    Un soudain récitatif coupe l’élan de la musique.

Le contraste entre la double exclamation d’Aaron

(« Unsichtbar ! Unvorstellbar ! ») et le terrifiant rugissement de Moïse (« Darfst ? ») met à nu l’incompréhension régnant désormais entre les deux frères.

Moïse assène son dogme avec toute l’intolérance de sa certitude d’absolu. Comme le voulait Schoenberg, Moïse, en sa roide grandeur michelangelesque, n’est pas du tout humain, mais aussi, il n’a pas le droit de l’être...

25    Sur les paroles « Du strafst die Sünde der Väter », c’est la suite de l’arioso de la section 3, dont la mélodie (cf. Exemple 8) passe aux clarinettes. Moïse parvient de moins en moins à se faire entendre.

30    À bout d’arguments, il se résout – pour la seule et unique fois, et afin de se faire comprendre d’Aaron, à emprunter le langage de son frère, passant au chanté en une exhortation pleine de noblesse

(« Purifie ta pensée, détache-la de la futilité, consacre-la au vrai »).

Ainsi que nous l’avons dit, il le fait sur la série fondamentale, renversée et transposée (dodécaphonisme)


Cette fois-ci pas d’émotions-frissons, pas de mélodies à siffloter sous la douche. Mais du fantastique, du fascinant dès les premières notes.

Malgré la construction musicale déroutante, l’histoire, une fois encore dans l’opéra, est une grille d’écoute.

Moïse absent c’est son frère Aaron qui doit convertir le peuple en fuite à ce Dieu unique mais sans représentation. Devant l’hostilité du plus grand nombre, il conçoit l’image du veau d’or, quelques miracles plus tard c’est une dévotion hystérique qui entoure ce veau. Une dévotion qui tourne à l’orgie, aux viols et aux meurtres jusqu’à épuisement d’une foule qui s’endort.

De retour Moïse ne peut que déplorer son échec et il détruit les tables de la loi.

Pour illustrer les forts moments, je peux imaginer du grandiose, du monumental, un peu comme le « Salomé » de Strauss. Mais ici il devait y avoir du terrible, du surnaturel, de l’inquiétant et parfois du malaise, de la violence et du suffocant. Donc du dérangeant !

Comme attendu dans « Au Cœur des Ténèbres » de Conrad ou dans son adaptation cinématographique, "Apocalypse Now"

 

Arnold Schoenberg - Moses Und Aron (Solti) Act 2 - Verwuestung Und Selbstmord



Surprise, dès ma première écoute : j’ai pris plaisir à certaines séquences, mieux préparé que je ne le croyais. Les bains pris dans le « Turn Of The Screw » de Britten et certaines orchestrations de Richard Strauss m’apportaient quelques clés d’attention.

Arnold Schoenberg - Moses Und Aron (Solti) Act 2 - Aron Und Die Siegzig Altesten Vor Dem Berg



Arnold Schoenberg - Moses Und Aron (Solti) Act 2 - Vierzig Tage!



Arnold Schoenberg - Moses Und Aron (Solti) Act 2 - Frei Unter Eigenen Herren



 

Une des grandes idées de cet opéra, le rôle de Moïse est « Parlé-Chanté » pour illustrer sa difficulté à s’exprimer (Le « parlé chanté » une subtilité que je ne sais pas développer ici) le rôle d'Aaron lui est chanté, un ténor. S'il a de l’éloquence – le chant – il a tout de même une difficulté à comprendre ce Dieu infini, incommensurable, éternel, omniprésent et surtout irreprésentable.

Arnold Schoenberg - Moses Und Aron (Solti) Act 1 - Du Sohn Meiner Vaeter



Finalement c’est la fille d’Arnold Schoenberg qui apporte une pierre à l’appropriation, la familiarisation.

Pas besoin de connaître ni de maîtriser le dodécaphonisme – ça tombait bien pour moi – écouter, réécouter et finalement être emporté par ce climat fantastique, exigence récompensée par ce film aux images contrastées, une brutalité bouillonnante où spiritualité et matérialisme se combattent et parfois se confondent.

Je ne sais pas si c’est dû au dodécaphonisme, mais c’est assurément Moïse et Aaron.

Note : j’ai fait l’impasse sur le message religieux. Fort mais en grande partie hors de ma portée. C’est dire si je n’ai fait qu’affleurer l’œuvre.


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