dimanche 22 décembre 2013

Bach, Mozart et On ferait bien de le lire (Promis, un seul Calembour)


Je ferme le livre de Michel Onfray "La Raison Des Sortilèges" dialogues avec Jean-Yves Clément sur la musique.
Et j'y ai trouvé de quoi me mettre en joie et une folle envie de me retourner vers vous.
Bien entendu ils s'y trouvent des références qui m'échappent, pas seulement un problème de culture mais aussi des appréciations de domaine qui me sont (encore?) inconnus.
Michel Onfray nous raconte son incapacité à "entrer" dans le Jazz, mais il raconte aussi comment il a abordé les musiques qu'il aime. Comme un OGRE.
Un ogre musical, voici qui nous rapproche, lui, moi et vous. Cette volonté quasi compulsive de recherche de découvertes. Encore et toujours, je veux être surpris, bousculé, pour enfin connaître la révélation, le frisson, le bonheur et ensuite partir vers d'autres.
Son approche de la recherche a déclenché chez moi comme la transcription ce que je ressens, et avec une force d'écriture que j'apprécie :

Dès lors, j'écoute, j'entends, j'aime ou je n'aime pas – ce que mon corps m'apprend très vite. Mais j'ai éduqué ce corps à ses performances esthétiques. De la même manière qu'on éduque un palais pour la gastronomie ou l'art des vins, il faut éduquer l'oeil et le regard, l'oreille et l'ouïe, le nez pour les odeurs et les parfums, la totalité du corps pour les sensations du reste du monde. 
Quand je juge, il y a derrière mon jugement des années de mémoires accumulées volontairement, dès l'âge de dix-sept ans, âge magique dans ma vie s'il en fut un. Je me suis construit parce que je savais que personne d'autre ne le ferait pour moi et qu'on ne m'y aiderai pas. Je n'étais pas un héritier. Il me fallait donc faire ma fortune, autrement dit mon caractère. Je n'ai aspiré qu'à ça : être un homme droit, debout, construit, solide, avec un tempérament qui soit le fruit d'une élaboration volontaire et non le produit d'un milieu dont je savais que je ne pouvais rien attendre. 
Mon éducation fut donc sauvage. Éducation d'un ogre ai-je déjà dit qui prend tout, mange tout, avale des quantité d'informations. J'ai adoré Rabelais quand je l'ai lu, et la figure de Gargantua me va. J'ai appris, adoré apprendre, j'ai découvert, adoré découvrir. J'ai lu, adoré lire. J'ai écouté, entendu, j'ai regardé des peintures dans tous les musées du monde. 
Petit à petit, une figure a commencé à se dessiner qui se superpose à ce que je suis matériellement : une âme, si tu me permets de préciser que cette âme est matérielle bien sûr.

Et puis ses passions sont telles que je n'ai pas hésité à me replonger sur Mozart ...
(Merci à Jimmy et PascalGeorges, et oui Jimmy, ce Barenboim est un vrai délice, au carrefour de l'emphase et de la retenue sans être austère)
… et son requiem et aussi à commencer Bach. Je me répète, j'aime ressasser cette question dont je ne souhaite pas la réponse : Qui a dit que l'on ne pouvait pas écrire sur la musique ?

Bach pour la qualité de l'architecture aussi géniale dans la dentelle que dans le monumental, pour l'agencement rythmique des structures qui génèrent le sortilège, pour l'étrange coïncidence des flux et des pulsions de la composition avec les rythmes corporels qu'il soumet, pour la faculté de rendre présente la lumière de façon sonore, pour la permanence des souvenirs de mon enfance aussi. 

Mozart parce que c'est la grâce, l'élégance, le génie, la simplicité biblique de l'expression musicale comme quintessence de la joie, de la sérénité, ce qui n'exclut pas la pointe sombre, l'infime pointe sombre, qui dit que le plaisir digne de ce nom s'accompagne toujours du tragique. Mozart c'est la musique que l'on joue sur le Titanic quand on a compris que le bateau coule et va nous engloutir dans l'océan d'une mer gelée : un dandysme profond, sans affectation, sans pose, sans emphase, un dandysme qui économise la galerie et sait que l'essentiel se joue entre soi et soi.

Enfin ce chemin pédagogique qu'encourage en creux ce jugement sur l'Éducation National de M. Onfray. J'ai eu une jeunesse bien plus tranquille que la sienne, mais cette description a trouvé chez moi un fort écho. Et j'applaudis des deux mains en me demandant si ils sont suffisamment nombreux à partager ce point de vue pour faire bouger les lignes. Et pourtant, en période de crise et de bouleversement je pense qu'il y a là un chemin à parcourir. 
Ce que je peux juger, c'est la nullité institutionnelle, je songe à l'éducation nationale. La part donnée à l'éducation musicale est dérisoire et les objectifs pédagogiques nuls. On n'y apprend pas à aimer, à apprécier, à vivre avec la musique, à en faire une substantifique nourriture existentielle.
L’indexation de cette discipline sublime sur les autres, avec apprentissage de données susceptibles d'être restitués afin d'être notés, manifeste bien l'estime dans laquelle on tient le plaisir des corps dans l'Éducation Nationale. 
Un corps discipliné, penché sur sa table, un corps jeté dans l'eau chloré d'une piscine à huit heures du matin, un corps qui crache, bave et transpire lors de cross, un corps arraisonné à un lieu (une classe, une place dans cette classe) et un temps (entre dix et onze heures) du matin jusqu'au soir, un corps contrôlé pour ses présences et ses absences, voilà ce que l'on réserve aux corps dans notre système éducatif français. 
Rien n'est prévu pour le corps qui sent, goûte et boit, qui écoute de la musique. Tout est indexé sur l'acquisition et le contrôle des connaissances, avec docimologie (selon le vocable prétentieux des pédagogues de l'inspection académique) à la clé. 
Mais on n'apprend pas la musique avec un QCM, ni avec des dictées musicales d'"À la claire fontaine" ou deux minutes d'"Au clair de la lune" massacré au pipeau.
En attendant j'ai lévité ce matin sur Mozart et sur Bach que je découvre lentement sans trop me forcer.
Au fait le Requiem de Giulini, je l'aime aussi, pour les raisons qui dérangent un peu Jimmy, mais j'aime aussi les dorures et les grands orchestres.

A suivre (A suivre quoi ? Heu, rien)










16 commentaires:

  1. Tu m'en avais parlé, j'ai commencé à lire, non ce livre que je vais me procurer rapidos, mais d'autres écrits...
    Avant la musique j'ai donc plongé dans d'autres "pensées " et réflexions tant critiquées.
    C'est plus qu'intéressant, c'est juste important.
    Je vais trouver le moment de m'y mettre - Le requiem de Mozart ?
    Les versions sont tellement multiples, "emphasées", baroquisées, historiques ou grandies...
    Peu importe en fait, cette musique quelle que soit sa version parle d'elle seule.
    Marriner, Hogwood, Harnoncourt...
    Schreier comme ici ou les chefs plus symphoniques romantiques tels Barenboim, Giulini (plutôt veriste) sans oublier Karajan incontournable même si...
    Chaque version a son poids - cette musique a sa charge émotionnelle...
    Puis Bach, les passions... que tu présentes.
    J'en ai tant de versions...
    J'aime beaucoup celles de T.Pinnock et de Hogwood (encore lui)...
    Cette nouvelle école de baroqueux anglais a fait des ravages et Marriner chef mozartien par excellence (et référent) a été précurseur.
    Ton article m'a interpellé je vais aller plus avant.
    Merci et bon noël.

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    1. Schreier pour aborder, ensuite... je verrai. Oui, Marner, j'ai aussi, c'est toi qui nous l'avais amené.

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  2. Puis l'éducation nationale...
    Purée quel pamphlet - je valide...
    Ma bataille quotidienne - pas gagnée, usante et usuelle...
    La façon dont on "éduque" la musique en France est un sacrilège...
    Pas le temps ni l'envie d'en débattre trop ici, il faudrait des heures et de long articles car ce sujet, non seulement me tient à cœur mais en plus, comme je côtoie ce milieu (pire travaille par mission avec...) j'ai largement de quoi m'en exprimer mais un droit de réserve m'impose d'en rester là...
    à +

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    1. Je n'ai pas pu ne pas penser à ton travail, qui colle davantage à son souhait et c'est en te lisant et le reste que je me dis que, donc, il y en a qui veulent convaincre en enseignant. Bravo

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  3. Bach, Mozart, Onfray...l'ennui incarné !

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    1. Ce sont trois points de vue à l'économie.

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    2. Tiens on retrouve là notre brebis qui s'est égarée de sa petite sphère microcosmique dans laquelle elle s'est enfermée ces dernières saisons durant.
      Mais Noël approche alors elle a mis le nez dehors et essaie de se rapprocher de ses semblables par le seul moyen de communication qu'elle a à sa disposition : en gueulant, pas forcément à tort, mais vraiment à travers...
      J'aime le retour de l'obscurantisme se voulant intellectuel, basé sur le moins que rien en culture minimale, capable de crecher sur Bach, Mozart et là Onfray, tout en admirant la Callas...
      C'est majestueusement pathétique que l'anarchisme à ce point réducteur - c'est presque le sketch d'avant les fêtes...
      Faut bien s'amuser de la niaiserie des autres...
      Un grand moment de connerie bien réelle, ça ne se loupe pas...
      Merci chère brebis de ce retour en force, ça fait du bien de savoir que tu existes encore et que la galle dont les humains t'ont fait t'exclure ne t'a pas encore achevée...
      Tu es tenace, c'est louable et puisque tu parles d'ennui...
      Mais quel ennui que ta vie de râleuse invétérée...
      C'est peut être là, le véritable socle du mot ennui...
      Allez je ne vais pas te dire qu'on t'aime, tout de même pas abuser, mais en tout cas tu me fais vraiment bien marrer...
      Passe (sans le ssssssss) de bonnes fêtes à te regarder flétrir.
      L'ennui... ah, l'ennui, hein Antoine !
      Le sujet revient...

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    3. Je ne connais pas encore Brebis, mais si elle admire la Callas, alors, malgré tout, je sais qu'une grain est planté. Une graine qui pousse côté Italien. Il y a de l'espoir à tromper l'ennui

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    4. PG, que je connais pas ; un mot à dire, moi aussi, je me marre de lire cela ! Qu'y puis-je si Mozart et bach m'ennuient, je les ai pourtant étudiés en classe de chant.
      le Gaitapis, La Callas, un peu, je suis canzone plutôt ! Mina, Barbara, ferré, eva, gribouille, battiato, vanoni, .la grande zarah Leander.

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    5. J'ai lu donc un aperçu des critiques du subtil PG! Schubert, Le voyage d'hiver, je l'ai entendu à l'opéra-comique. Si j'écoute deux fois cette oeuvre de rang, je meurs de désespoir...

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    6. Gaitapis, je parle italien couramment...

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    7. ... Je comprends l'affinité (mais pas l'Italien dont j'adore et la langue et l'accent en Français)
      Un passage pourrait être de passer de Puccini vers lentement des Allemands hautement lyrique.
      Un nom?
      Rien ne me vient pour l'instant.

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  4. Merci pour ce très joli billet, j'espère qu'il ouvrira les yeux et les oreilles à certains, même si ça commence mal avec notre ami Brebis, le bien nommé! L'ennui n'existe que pour ceux qui acceptent de s'y enfermer!

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    1. L'ennui en ce qui concerne l'ennui c'est de penser que contourner l'obstacle est le bon moyen. Il faut le surmonter. J'ai appris à faire confiance et si ils sont nombreux à aimer, le fait que je rejette est une cause chez moi. Que je peux accepter: Je n'aime pas danser le rock, je sais pourquoi: je ne sais pas le danser et ne pense pas essayer. Je sais, je sais, je loupe de bons moments, tant pis pour oi

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  5. Je suis intriguée là. Onfray qui parle de musique... je pense que je dois lire cela. Pour ce qui est de tes cadeaux classique. Je suis aux anges. Merci. Joyeuses fêtes Dev. xxx

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    1. La Rouge de Noël qui passe me voir, c'est un plaisir... Et toi aussi que les muses, toutes, pas que les Hic, soient avec toi!!

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