samedi 1 mars 2014

Un Jalon Musical OU le choc du Théâtre, de la Peinture, de l'Opéra et même de la Littérature. Salomé (Hall & Oates, plus tard)



(Post préparé avant le départ de Didier. Que je n'oublie pas, l'idée de vous parler de son côté Dr Jekyll & Mister Hyde)



Comment éviter que ce texte ne soit confus tellement tout s'y bouscule. Va pour la version Puzzle.

1ère pièce la musique

Mon goût pour l'Opéra se développe mais avec méfiance. Passé le chemin de Puccini, ayant emprunté avec étonnement celui de Verdi que je craignais difficile à aborder. Il me restait à virer vers d'autres horizons. Alors sur les conseils d'un Hors Série de Télérama (Que je regrette d'avoir donner, il y avait une recette du Risotto à la Rossini) SALOME de Richard Strauss dirigé par Sinopoli.

Dès les premières mesures, une crainte. Strauss ne s’embarrasse pas d'ouverture aguichante. On est dans le texte dès le départ. Rude.
Mais j'ai appris avec Puccini à écouter comme une éponge. Je laisse d'abord la musique me traverser sans ne jamais l’interrompre dans son avancement.
Le choc arrive bien plus tôt.
Mais revenons sur cette histoire de sexe et de sang qui donne malgré tout, avant toute écoute, une mesure de ce qu'il y a à découvrir.
Salomé, cette jeune fille qui veut embrasser le prophète Jean-Baptiste (ou Jochanaan en Allemand, version du prénom qui sied davantage à l'ambiance, prononcer avec "stupeur et tremblement" Joooochaaanaaaan)
Sentiment compulsif qu'elle ressent soudainement alors que le prophète la rejette violemment.
Le choc, ici

001. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Dritte Szene Wo Ist Er, Dessen Suendenbecher Jetzt Voll Ist
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Alors, soudain, de mes enceintes dont le son semble gonfler à mon insu, j'entends une musique qui pousse les murs de mon appartement, le plafond qui devient un ciel immense et embrasé, je suis entouré de parois montagneuses noires, à leur sommet une croix en feu ... et cette voix, cette voix qui embrasse tout les horizons.

J'entends la musique qui aurait pu sonoriser le Salambo de Flaubert explosé par Druillet.


2ème pièce la pièce

Je profite du livret qui reprend le texte de Oscar Wilde, dont je ne connaissais l'esprit qu'à travers son portrait Dorian. Strauss a si peu expurgé le texte d'origine, que lire le livret c'est lire la pièce.
Si mes souvenirs sont exactes, la source est biblique mais en raconte si peu, juste que la fille d’Hérode après sa danse réclame comme récompense la tête de Joooochaanaaaaan.
Oscar Wilde en fera une oeuvre troublante: il arrive à combiner sensualité et morbidité face à un lecteur, auditeur fasciné comme devant la danse du cobra.

3ème pièce la musique

Une fois la surprise passée, et après d'autres écoutes, les échanges entre Salomé et Jean-Baptiste sont une force, il n'y a pas d'air qui se détache, c'est juste un maelstrom d'émotions ponctué de musiques sublimes, des échanges entre Soprano et Baryton (Rare cette place au Baryton). Un orchestre puissant et omniprésent, celui qui donne cette dimension titanesque à ce qui ne pourrait être qu'une rencontre intime et vénéneuse.

Pour les extraits je suis obligé de vous proposer la suite complète qui à ce que vous en sortiez comme d'une lessiveuse:

001. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Lasst Den Propheten Herauskommen
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002. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Dritte Szene Wo Ist Er, Dessen Suendenbecher Jetzt Voll Ist
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003. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Er Ist Schrecklich Er Ist Wirklich Schrecklich!
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004. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Wer Ist Dies Weib, Das Mich Ansieht
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005. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Jochanaan! Ich Bin Verliebt In Deinen Leib
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006. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Dein Leib Ist Grauenvoll
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007. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Zurueck, Tochter Sodoms! Beruehre Mich Nicht!
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008. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Niemals, Tochter Babylons, Tochter Sodoms, Niemals!
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009. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Wird Dir Nicht Bange, Tochter Der Herodias
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010. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Lass Mich Deinen Mund Kuessen, Jochanaan
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011. Richard Strauss - Salome Cd1 -  Du Bist Verflucht
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4ème pièce la musique

Vous connaissez la série, "Je n'aime pas l'Opéra (ou le Jazz, ou le Couscous) mais ça j'aime) He bien il y a cette danse des 7 voiles qui en fait un candidat. Si il n'y a pas d'ouverture dans cet opéra, il y aura au moins cet instrumental: valse titubante qui pénètre nos mémoires avec une belle facilité.

Cette danse qui fini avec la nudité de Salomé pour obtenir la tête de Jean-Baptiste envoûte. Elle me fait penser - en moins sensuel certes - à la musique de Lawrence D'Arabie ou bien à celle de Coup de Torchon.

001. Richard Strauss - Salome Cd2 -  Salomes Tanz Der Sieben Schleier
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002. Philippe Sarde - Le Cinema De Bertrand Tavernier -  Je Suis Mort Il Y A Si Longtemps [from Coup De Torchon]
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003. Maurice Jarre - Lawrence Of Arabia -  Overture
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Ils me font cet effet commun de mélange de nostalgie, de temps révolue, de vision déglinguée de son temps passé, le tout amplifié par un jeu du destin un peu hors norme: Séduction et mort chez l'un, mort et séduction chez l'autre tandis que Lawrence a son regard perdu ...
Et ces musiques qui empruntent aux traditions: Valse, Accordéon, Militaire pour mieux se l'approprier et remodeler pour en faire son propos.

5ème pièce la Littérature

Mais Salomé que je pensais rester musicale avant tout, devait me revenir via la lecture de Huysmans et son livre "À Rebours"

http://www.mediterranees.net/mythes/salome/divers/huysmans.html

Influence, apprends je par Wiki, de Oscar Wilde et de son Dorian, mais alors comment ne pas relayer la Salomé de Wilde et la description qu'en fait Huysmans dans son roman si captivant. Vraiment dans le sens de Captif pour le lecteur qui sera pris dans les méandres d'observations sans la moindre action. Et pourtant, pour la première fois de ma vie je me retrouve à chercher les tableaux de Gustave Moreau pour bénéficier des sentiments ressentis par le héros du livre... Et ça fonctionne.
Je pensais même me découvrir une fibre d'émotion à faire vibrer vers d'autres artistes, cela n'a pas eu lieu.
Reste tout de même....

6ème pièce la Peinture

Et je fini ici la composition de mes sentiments. Je me souviens être retourné au chapitre de Huysman, avoir mis l'Opéra de Strauss/Wilde et de regarder ce tableau en m'attardant sur les détails jusqu'à ressentir un certain vertige.






5 commentaires:

  1. Richard Strauss, ce compositeur "à cheval" entre deux ères créatrices...
    Fin du romantisme, mais déjà en partance alors que Mahler est certainement l'apogée de ce romantisme.
    En déstructurant la symphonie pour la "remplacer" par le poème symphonique Richard Strauss est déjà embarqué dans la musique de prétexte, à interaction entre argument et reliefs sonores.
    Il peut ainsi s'autoriser de nouvelles données sonores, des effets, etc... alors que Mahler construit ses symphonies par le patrimoine de la forme, usant progressivement des avancées du langage, mais restant dans le souci du développement instrumental, harmonique, orchestral...
    Il en est donc de même pour l'opéra avec Strauss.
    La dramaturgie antique ou biblique est un creuset qui lui permet un axe multiforme, pluriel. Ces sujets "éternels" et intemporels permettent des "héros" symboliques aux personnalités et histoires servant de base à certaines réflexions philosophiques mais aussi psy...
    En cette période on sait que la future école de Vienne, dodécaphoniste est proche de Freud...
    Strauss sera proche de ces nouveaux compositeurs et de ces pensées tout en n'entrant pas dans ce mouvement. Ses amours grivois avec une cantatrice (faudra que je retrouve le nom car comm' de mémoire...) le mettent en marge de ces pensées intellectuelles car un déphasage entre sa vie publique et ses "hauteurs" musicales apparaît quelque peu suspect à ces esprits soucieux de contemporanéité.
    Mahler quand à lui, sera un proche de ces jeunes visionnaires, en qui il sait voir une "descendance".
    Les héros et leurs symboliques sont un argument idéal pour l'avancée musicale de Strauss. Là où Wagner use du leitmotiv pour personnages, lieux, actions..., Strauss va user de la pâte sonore orchestrale en surdimensionnant l'effet argumentaire.
    La mélodie sera là, mais sa force sera de jaillir de l'orchestre alors que chez Puccini, que tu cites la mélodie est l'axe, à tel point que bien souvent l'orchestre "double" les voix (il y a longtemps que je dois faire un billet là dessus d'ailleurs...).
    Cette différentiation est forcément de taille et l'angle se rapproche en mode transitoire aux schémas du dodécaphonisme où la mélodie va devenir texte et où l'orchestre sera "moteur" de l'action.
    Nous sommes bien là en période transitoire donc, et Strauss en aura "subi" les effets historiques, n'appartenant ni avec ancrage à un mouvement et encore trop nourri à des fonctionnements d'écriture du passé pour être réellement estampillé, ni à un mouvement se voulant contemporain au sens usuel et donc totalement en phase avec la société contemporaine et ses modes de vie, de pensée, sociaux... - encore une fois étiqueté... même en classique cela est flagrant.
    Mais il a composé de merveilleux opéras, entre autre, assez inclassables et tous mus par cette dimension orchestrale, avec une mise dans le sujet n'autorisant pas d’ouverture...
    La femme sans ombre (relis mon article là dessus et tu comprendras pourquoi Strauss reste vif en ma mémoire), Salomé, Elektra et aussi le fantastique Chevalier à la Rose...
    ---

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    1. L'ouverture...
      Par tradition, l'ouverture a eu une évolution particulière et on peut alors comprendre son abandon straussien...
      Celle du premier opéra "l'Orféo" est totalement détachée de l'action de l'oeuvre...
      Elle annonce le "mécène" qui a soutenu l'aventure et qui honore de sa présence. Ces "trompettes" sont destinées à son entrée et ainsi l'on peut commencer...
      Par la suite, l'ouverture permettait aux spectateurs de s'installer en prenant l'ambiance de l'action qui suivrait. Pendant l'ouverture l'on était très bavards et et on gagnait sa loge ou son poulailler...
      Progressivement elle a pris un caractère synthétique visant à ramasser l'ensemble des éléments qui seront présents dans l'oeuvre...
      Wagner l'aura changée en prélude tant l'action mais aussi les besoins de machinerie en effets spéciaux nécessitaient un temps de mise en place...
      Avec Strauss une nouvelle ère se dessine, on entre directement dans l'action...
      L'argument n'a pas besoin d'un rapport tel qu'aujourd'hui Star Wars, avec visuel exacerbé... les "êtres" sont au cœur de l'argument, et c'est leur âme et esprit qui est passé au crible, alors, autant y aller directement...

      Bel article et les rapports avec d'autres arts sont un bon axe de lecture de l'oeuvre.
      Merci et j'aime beaucoup la direction de Sinopoli...
      à +

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    2. Ouaaahhh. Je vais retourner à "La femme.." si je ne l'avais déjà fait. Cet opéra, "La femme.." marque pour moi la possession définitive de Richard Strauss. Après Salome je m'étais penché sur "Le Chevalier.." Opéra complètement occulté par les quelques compositions qui ferment les actes pour finir avec un trio à tomber, pardon à monter de terre.
      Mais "La Femme.." j'avais pris mon temps, et au bout du compte c'est un de mes préférés car équilibré, et sans perdre de vue ce tissu sonore moins frustrant que les constructions de Wagner, la promesse de plaisir y est tenu plus rapidement.
      Merci du passage

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  2. voilà ce qui me plait avec vous, passez du garage a l'opéra, et tout le monde suit, en tout cas moi, j'adhère....
    merci de continuer et c'est sincère....

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    1. ... Et ça fait plaisir comme compliment, même si l'éclectisme n'est pas chez moi une posture, mais plutôt un goût très ouvert aux musiques à une époque où son accès n'est plus le problème. Donc je ne me gène pas

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