dimanche 14 février 2016

Adieu Mes Carmelites...

001 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd2 - Salve Regina






"On ne meurt pas chacun pour soi, mais les uns pour les autres, ou même les uns à la place des autres, qui sait ?"
Bernanos 1948 

Mystique et un peu moins hermétique à la lecture peu-être ou à l'écoute de l'Opéra de Poulenc?

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Voilà, DIALOGUES DE CARMÉLITES, je le quitte avec une petite pointe de tristesse.

Prendre connaissance d'un opéra est une expérience unique. Je passe à la première personne du singulier car ce n'est pas forcément partagé par d'autres.

J'entre dans un opéra comme on entre dans une relation destinée à durer. La plupart du temps mes premières écoutes m'apportent peu, le travail de mémoire se fait mais je n'en suis pas conscient, je le sais c'est tout.

Alors dans ces moments, j'ai le livret avec moi en lecture pointilliste. Le concept de l'"Avant Scène Opéra" est idéal: texte pour guider, histoire de l'histoire, la correspondance de l'artiste, les oeuvres au théâtre etc...
Un DVD pour s'attarder au spectacle auusi.



Tandis que j'échafaude, que je m'enrichis d'informations assimilables à de la culture peut-être seulement encyclopédique, la musique, elle, fait son chemin.

Et comme l'eau qui, même eu goutte à goutte, finira pas former un filet, mouvant qui trouvera sa piste, je me surprend à aimer ce passage, puis cet autre, puis un acte.

Le verbe aimer devient insuffisant, la familiarité avec l'émotion ressentie s'installe et enfin je me promène dans l'édifice en toute connaissance.
Je suis l'hôte de l'oeuvre.
Ici un acte terrible, là le coeur se serre.
Ailleurs je retiens mon souffle.
Ha une respiration pour esquisser un sourire.

Et puis c'est comme tout, il faut savoir partir. Reste le souvenir.
Reste une étape ultime que j'espère connaître: Aller voir le spectacle sans craindre de s'y égarer.

C'est ce que je voulais dire par une expérience peut-être personnel. Je ne pense pas forcément à ceux qui pensent ou savent ne pas aimer l'Opéra.
Il y a un de mes amis qui entre avec une facilité déconcertante dans ces compositions, qui y trouvent plaisir de suite. Sa formation musicale au conservatoire y est probablement pour beaucoup? Ce qui ne l'empêchera pas de me raconter Coltrane, de jouer le Blues, la Soul... Lui et les musiques c'est toujours le coup de foudre ou le rejet en toute connaissance de cause. Là où moi,  je me méfie de ma première impression.

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Alors je vous écris et je visite pour une dernière fois...

Ce terrible moment, que Poulenc, sensible à fleur de peau, raconte si bien


Le tableau, sûrement le plus beau, vous verrez, à l'orchestre il sera saisissant et vocalement on peut s'en donner.
C'est une scène d'épouvante, proprement macabre, à la limite du supportable. Cette scène s'adresse moins à nos nerfs, pourtant fortement sollicités, qu'à nos exigences spirituelles les plus hautes.
Lettre à Pierre BernacEst-ce que le mi bémol ne va pas trop péter? Vous ne pouvez imaginer ce que ce tableau ma passionne. J'y mets mes tripes. La scène Mère-Marie Prieure est faîtes. J'en suis content. Elle est terrifiante. Maintenant je fais "les adieux". Pas encore touché à l'agonie.

001 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd1 - Act 1, Scene 4 - Prelude



002 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd1 - Ayez La Bonte De Relever Ce Coussin



003 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd1 - Je Trouve Que Blanche De La Force Tarde Beaucoup!



004 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd1 - Relevez-Vous, Ma Fille



005 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd1 - Dieu Se Glorifie Dans Ses Saints



006 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd1 - Monsieur Javelinot, Je Vous Prie De Me Donner



007 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd1 - Mere Marie De L'incarnation



008 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd1 - La Reverende Mere Veut Que Vous Approchiez





Ouvrons quelques portes, comme ça, au gré, qui nous amènent lentement vers cette apothéose, vers cette scène de mort sublimée.

001 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd1 - Mes Soeurs, Sa Reverence Vient De Nous Dire



002 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd2 - Act 2, Scene 4 - Mes Cheres Filles



003 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd2 - Act 3, Scene 1 - Prelude... Parlez-Leur, Mon Pere



004 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd2 - Act 3, Scene 2 - Prelude




Je sais, mais je sais, que je reviendrai faire quelques visites impromptues. Il y a dans tout les opéras que j'ai longuement visités des pièces auxquelles je suis resté attachées.

Les Carmélites et le final, la longue et lente montée de chacune vers la guillotine. J'ai été voir sur youtube les différentes interprétations de ce prodige dans le chef-d'oeuvre.

Les choeurs des Carmélites qui se délitent mais se renforcent paradoxalement au fur et à mesure que le couperet tombe.
Blanche qui rejoindra au dernier moment ses soeurs pour les suivre à l'échafaud.

Quelle force, quelle génie de la dramaturgie. Unique... vive l'Opéra, et derrière la musique je vous propose un extrait du texte de "l'ASC" n° 257. Un éclaircissement, à lire puis à revenir écouter ... C'est participer à une expérience exaltante sans trop y laisser de plumes..

"La confiance et le calme ne sont-ils pas à la base de toute expérience mystique?"
Voilà le mot juste. C'est dans une extase de caractère mystique que soeur Constance voit avant de mourir la réalisation de son souhait et de sa prédiction.
La première prieure est morte à la place de Blanche., elle l'a délivrée de sa peur, l'a rachetée en vertu d'une loi transcendante, la communion des saints, qui fait appartenir tous les fidèles à un même corps mystique avec une solidarité invisible qui permet l'échange des mérites et le transfert de la grâce, dont certaines âmes peuvent se dépouiller pour en faire profiter d'autres. 
Blanche régénérée pourra dont monter calmement à l'échafaud en chantant la fin du VENI CREATOR. Le thème macabre de la mort disparaît alors complètement. Il n'y a plus, maintenant exaucé, que l'espoir, infiniment doux. Puis quand tout est fini, le suprême apaisement.

Lu sans autre repère peut prêter à rejet ou à sourire, à de la branlette intellectuelle à caractère religieux auquel on (je?) n'adhère pas.
Mais il y a L'écrit de Bernanos, la compréhension de Poulenc et enfin la musique et avec la musique, une fois qu'elle nous a invités, nous en acceptons le sens, quitte ensuite à bien refermer la porte. Boire une bonne bouteille de Meursault, s'exploser sur un Stooges et se demander... à qui le tour maintenant?



001 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd2 - Le Tribunal Revolutionnaire


002 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd2 - Act 3, Scene 4 - Prelude


003 Francis Poulenc - Dialogues Des Carmelites Cd2 - Salve Regina

3 commentaires:

  1. Voilà bien une oeuvre finalement fort peu connue, oubliée ou presque, réservée quelque part à certains "amateurs"...
    pourtant.
    Poulenc, déjà, ce compositeur "intermédiaire"...
    Ce sujet, ensuite, effectivement idéal en dramaturgie lyrique.

    Poulenc j'ai toujours beaucoup apprécié son oeuvre, pas spécialement de façon, justement, musicologique, comme s'il était un de ces compositeurs disons, plus proches (et il est donc curieux que cet opéra n'ait eu de place plus importante)...
    Je l'ai découvert avec son "bestiaire" pour un concert que donnaient mes deux profs référents quand j'étais ado (chant et piano - je t'épargne leurs nom mais tu dois le savoir puisque me lis souvent) - un choc dans le bon sens du terme.
    La musique "classique" avec de l'humour... ça m'a apporté beaucoup dans cette approche humaine de la musique, car le "classique" au conservatoire, justement est tellement abordé avec un sérieux académique de circonstance que c'en est sclérose.
    Cette fameuse idée d'aborder un COMPOSITEUR avec une redondance, un sérieux coincé, une gravité d'attitude...
    Je connais ça au quotidien et je peux te dire que parfois ce serait à hurler de rire, sauf que, s'adressant à des enfants, ça ne me fait plus du tout rire, alors, un Poulenc en bestiaire, osé dans le années 70 par deux jeunes profs et artistes, ça m'a donné d’autres lectures musicales et ensuite, (mais je ne m'imaginais pas encore prof), pédagogique.
    Puis j'ai découvert son oeuvre pianistique avec un hommage à Piaf, par exemple (toi qui en est adorateur) et une richesse tant mélodique qu'harmonique incroyables. Un pavé que cette oeuvre pianistique de Poulenc, aussi importante à mon sens que celle de Ravel ou de Debussy et aussi sensible que celle de Satie.
    Mais ça reste un point de vue, les grands musicologues trouveront toujours à te dire qu'untel ou rarement unetelle (les femmes compositrices n'ont pas encore légion paritaire dans notre histoire de cet art... pourtant...) est capital pour cette fameuse histoire.
    J'avais donc ignoré son oeuvre orchestrale car focalisé sur celle pianistique puis... je l'ai accrochée et elle m'a été instantanément découverte miraculeuse.
    Cet opéra est venu tard, il a été malmené par certains tant sujet que texte qu'anecdotique mais il revient depuis quelques années sur le devant des scènes.
    C'est preuve que cette fameuse histoire ne se fige... et que l'homme a encore des oreilles et que finalement le temps fait son affaire.

    Du classique et de l'opéra chez toi sont toujours plaisir.
    Je vais me le ressortir (hier Blakey, aujourd'hui Poulenc... vous ne ménagez pas ma pluralité d'écoutes messieurs les blogueurs), tu m'as donné envie de reprendre Poulenc en écoute.
    Merci, pour lui, pour nous et pour l'opéra.

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  2. ... Et tes commentaires alors.
    tu m'apprends que son "dialogue..." s'entend de moins en moins. Je croyais à un opéra parmi les plus célèbres Français. Je voulais le connaître malgré tout pour sa notoriété, "l'Opéra pour les Nuls" l'a sélectionné. Il n'a quand même pas les premiers signes de séduction que tu trouves vite sur le Faust de Gounod (un des préférés du fiston gamin avec Turandot et le Freischutz), le Carmen de Bizet. Presque vite chez Berlioz ou Debussy. Mais j'aime avoir confiance dans mes aînées et à part Wozzeck j'ai toujours été "récompensé" par des écoutes successives... D'ailleurs en parlant de Wozzeck, il faut que je passe te dire sur Boulez.....

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    1. Ah cette édition "pour les nuls" est toujours remarquable...
      Si en plus elle se permet de remettre des ouvrages en tête de listes, c'est vraiment très... pédagogique.
      Les écoutes successives est bien un vecteur à ne perdre lors de découverte ou suivi d'une oeuvre lyrique.
      De plus les modes d'interprétation évoluent avec les décennies, on croit le "classique" figé, on se trompe, l'approche a considérablement évolué et le mot interprétation a pris d'autres sens que le seul vecteur d'approche sentimentale, personnelle, sensorielle...
      Il y a désormais la véracité historique ou musicologique qui entrent en ligne de compte et l'idée de la façon dont la pièce se devait d'être jouée à telle ou telle époque, avec de plus l'approche sentimentale humaine que l'on imaginait alors, mue par tel contexte social, culturel, scientifique, artistique...
      Pour l'oeuvre de Poulenc il n'y a pas encore trop de points de comparaisons, si tu prends Puccini, par exemple...
      Pour ma part, désormais, en opéra, au regard de l'énorme progrès qui a encore été fait en modes pédagogiques pour le chant lyrique ce qui a pouvoir de décupler les capacités naturelles qui à l'époque d'une Callas, par exemple, étaient axe référentiel, j'axe mon écoute sur la qualité orchestrale qui est en fait support et aussi vecteur d'ambiance, d'imaginaire renforcé du sujet.
      De cette matière la voix émerge et si elle "sait" en prendre compte et considération, alors, peu importe les "datations" d'enregistrement, tu es en principe directement transporté.
      Justement, Pelleas par Boulez ou encore Wagner...
      Abbado dans le répertoire italo-romantique mais aussi dans le sériel...
      Mariner toujours, chez Mozart...
      Pinnock et Haendel...
      Karajan et Wagner, là aussi... et du coup le chant...
      Boehm et Mozart, là aussi

      Ça ne fait pas "négliger" les chanteurs pour autant, Emma Kirby et le baroque, forcément Bartoli (dont je suis fan absolu), Alagna fut fantastique... j'adore Domingo, Pavarotti (selon les jours...) bref, ces ténors d'exception j'aime mois Carreras, mais tout de même...
      et puis E Schwartzkopv (orthographe sur le coup pas sûr...) Christa Ludwig (écoute là dans l'oeuvre de Bernstein...), Jessie Norman (Wagner, Schoenberg - Erwartung)...
      Retente Wozzeck version Abbado, tu verras...
      et si tu aimes le Pelleas il y a un DVD avec N Dessay - enivrant...

      Bon j'ai vu que tu es passé par Boulez, je continue donc at home...
      à +

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